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Étape 6 sur 6 · Finitions

Comment traiter le salpêtre sur un mur extérieur ?

Par Jeanne Rivoire Mis à jour le 6 min de lecture
La réponse en bref

On traite le salpêtre en réduisant l’eau qui entre dans le mur, puis en laissant ce mur sécher par un enduit à la chaux qui respire. Brosser les sels à sec aide, mais sans supprimer la cause, ils reviennent toujours.

Pied de mur extérieur en pierre couvert de salpêtre blanc et d’enduit qui s’écaille

Pour traiter le salpêtre sur un mur extérieur, il faut d’abord réduire l’eau qui alimente le mur, puis lui rendre la possibilité de sécher, et seulement ensuite refaire l’enduit avec un matériau qui laisse passer l’humidité, comme un mortier de chaux. Brosser les dépôts blancs ou repeindre ne règle rien : les sels reviennent tant que l’eau circule dans la maçonnerie.

Le salpêtre est un symptôme. C’est la trace visible d’un mur qui reçoit de l’eau et qui la rejette en surface. Le traiter correctement revient donc à mener une petite enquête sur l’origine de cette eau avant de sortir la truelle.

Qu’est-ce que le salpêtre sur un mur ?

Le salpêtre est un dépôt de sels, souvent blanc et poudreux, laissé par l’eau qui s’évapore à la surface d’un mur. L’eau dissout les sels présents dans le sol, les pierres ou les mortiers, les transporte dans la maçonnerie, puis les abandonne en séchant. Dans le langage courant, on appelle salpêtre l’ensemble de ces efflorescences, même si la chimie exacte varie d’un mur à l’autre.

Ces sels ne restent pas inertes. Un fabricant de chaux spécialisé dans le bâti ancien décrit le mécanisme : ils s’accumulent dans le mur et dans l’enduit, et au contact de l’humidité ils cristallisent et prennent du volume, au point de faire éclater l’enduit. C’est pour cela qu’un mur à salpêtre montre souvent un enduit qui cloque, se fissure ou tombe en plaques au bas de la façade.

D’où vient l’eau qui fait remonter les sels ?

Sur un mur extérieur, l’eau vient surtout du sol par remontées capillaires, et plus rarement de la pluie qui entre par le haut ou par des fissures. Les causes les plus fréquentes :

  • Les remontées capillaires : l’eau du terrain monte dans les pierres et les joints à porosité fine, comme dans une mèche. La hauteur de la zone humide varie avec les saisons, l’ensoleillement et l’orientation du mur.
  • Un sol imperméable au pied du mur : un trottoir en béton ou un enrobé plaqué contre la façade empêche l’eau du terrain de s’évaporer par le sol. Il ne lui reste que le mur pour sortir.
  • Un terrain qui renvoie l’eau vers la maison : pente défavorable, nappe proche, gouttières qui débordent ou descentes d’eau pluviale qui se vident au pied du mur.
  • Des infiltrations : toiture ou solin défaillant, appui de fenêtre sans goutte d’eau, fissures traversantes.

L’Agence Qualité Construction rappelle que ces remontées touchent surtout le bâti ancien, construit sans coupure de capillarité, et qu’un diagnostic préalable doit confirmer leur origine avant tout traitement. Un taux d’humidité qui décroît nettement avec la hauteur oriente vers le sol ; des traces localisées sous une gouttière ou une fenêtre orientent vers une infiltration.

Quelles erreurs aggravent le salpêtre ?

L’erreur la plus répandue consiste à enfermer le mur sous un matériau étanche. Les murs anciens en pierre ou en terre ont été conçus pour gérer l’eau : ils en absorbent, puis la rendent par évaporation. La fiche ATHEBA consacrée au comportement hygrométrique du bâti ancien, publiée avec Maisons Paysannes de France, montre ce qui se passe quand on bloque cette évaporation avec un enduit au ciment ou hydrofuge et un sol bétonné : l’humidité monte plus haut dans le mur, et les sels avec elle.

À éviter donc sur un mur ancien :

  • un enduit au ciment, un enduit monocouche ou un crépi plastique ;
  • une peinture de façade filmogène, une résine ou un hydrofuge de surface appliqué pour « bloquer » l’humidité ;
  • un trottoir en béton ou un enrobé collé au pied de la façade ;
  • le lavage à grande eau des dépôts, qui redissout les sels et les renvoie dans la maçonnerie ;
  • le sablage, qui arrache la surface protectrice de la pierre (voir faut-il sabler un mur en pierre).

Comment traiter le salpêtre étape par étape ?

Le traitement suit toujours le même ordre : couper ou réduire l’arrivée d’eau, laisser le mur sécher, puis refaire l’enduit. Inverser cet ordre condamne l’enduit neuf à se charger de sels à son tour.

  1. Supprimer les apports d’eau évitables. Réparez gouttières et descentes, éloignez leurs rejets du mur, reprenez les pentes du terrain pour que l’eau s’écarte de la façade.
  2. Rendre le pied de mur respirant. Remplacez un trottoir en béton par une bande de gravier, et, si le terrain est gorgé d’eau, faites étudier un drainage périphérique par un professionnel. L’Agence Qualité Construction cite le drainage et la mise à l’air de la maçonnerie parmi les mesures qui accélèrent l’évaporation.
  3. Déposer l’enduit dégradé. Piquez l’ancien enduit chargé de sels, surtout s’il s’agit de ciment, sur toute la zone touchée et un peu au-dessus. Brossez ensuite les pierres et les joints à sec pour retirer les dépôts poudreux.
  4. Laisser sécher. Un mur mis à nu pendant une saison sèche évacue une partie de son eau et de ses sels. Rebrossez à sec les nouvelles efflorescences au fur et à mesure.
  5. Refaire l’enduit à la chaux. Un enduit à la chaux naturelle, en plusieurs couches, laisse le mur sécher vers l’extérieur. Il existe aussi des mortiers d’assainissement dont la porosité offre des réservoirs où les sels cristallisent sans faire éclater la surface.

Pour un mur en moellons enduit, la chaux hydraulique naturelle de type NHL 3,5 est souvent employée à l’extérieur, parfois associée à de la chaux aérienne pour les couches de finition. Le détail des couches et le choix de la chaux sont expliqués dans notre article sur l’enduit à la chaux pour un mur extérieur.

Faut-il injecter une barrière contre les remontées capillaires ?

Une injection n’est à envisager qu’après avoir traité les causes simples, et sur la base d’un diagnostic sérieux. L’Agence Qualité Construction cite plusieurs traitements curatifs pour un bâtiment existant : injection de résine en pied de mur, insertion de lames en acier inoxydable, électro-osmose. Ces techniques ont un coût et une efficacité très variables selon la nature du mur, et un mur en moellons hourdé à la terre ou à la chaux se prête mal à une barrière continue.

Dans beaucoup de maisons anciennes, supprimer le trottoir en béton, gérer les eaux de pluie et retirer l’enduit ciment suffit à faire redescendre nettement la zone humide. Commencez par là. Si le salpêtre persiste après une ou deux saisons, un diagnostic humidité réalisé par un professionnel indépendant des vendeurs de traitements aidera à décider.

  • Repérez à quelle hauteur s’arrêtent les dépôts et si la limite est à peu près horizontale sur toute la façade.
  • Vérifiez les gouttières, les descentes d’eau et l’endroit où elles se vident.
  • Regardez ce qui touche le pied du mur : terre, gravier, béton ou enrobé.
  • Grattez l’enduit existant pour savoir s’il est à la chaux (tendre, friable) ou au ciment (dur, gris, qui sonne).
  • Notez si les murs intérieurs correspondants présentent aussi des traces d’humidité.

Dernier conseil : photographiez la façade à la même heure chaque mois pendant un an après les travaux. La limite des taches qui descend est le meilleur indicateur que le mur sèche, bien plus fiable qu’un traitement promis comme définitif.

  1. Fiche pathologie « Remontées capillaires », Agence Qualité Constructionhttps://qualiteconstruction.com/ressource/fiches-pathologie-batiment/remontees-capillaires/
  2. ATHEBA, comprendre le comportement hygrométrique du bâti ancien, Maisons Paysannes de Francehttps://maisons-paysannes.org/wp-content/uploads/2013/07/ATHEBA-comportement-hygrometrique.pdf
  3. Assainir les murs : salpêtre et humidité, Chaux de Saint-Astierhttps://www.saint-astier.com/assainir-les-murs/
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Jeanne Rivoire Ancienne conductrice de travaux Jeanne Rivoire a conduit des chantiers de rénovation pendant quinze ans avant d'écrire sur les matériaux sains. Elle répond aux questions que l'on se pose à chaque étape d'un projet, du choix de l'isolant aux aides à demander.