Aller au contenu
Chercher une question Ouvrir la recherche
Étape 6 sur 6 · Finitions

Peut-on faire un ragréage sur un plancher en bois ?

Par Jeanne Rivoire Mis à jour le 6 min de lecture
La réponse en bref

Oui, avec un ragréage fibré prévu pour le bois, sur un plancher rigide, bien fixé et ventilé en sous-face, après le primaire du fabricant. Si le plancher fléchit ou bouge, il faut d’abord le consolider ou le doubler de panneaux.

Ragréage fibré coulé sur un ancien plancher en bois à lames pendant une rénovation

Oui, on peut faire un ragréage sur un plancher en bois, à trois conditions : le plancher doit être rigide et bien fixé, sa sous-face doit rester ventilée, et le produit doit être un ragréage fibré dont la fiche technique vise expressément les supports bois, appliqué sur le primaire indiqué par le fabricant. Un ragréage ordinaire, coulé sur des lames qui bougent, fissure puis se décolle en plaques.

Le bois vit : il gonfle et se rétracte avec l’humidité, il fléchit un peu sous les pas. Le ragréage, lui, est un mortier à base de ciment, rigide une fois durci. Tout l’enjeu consiste donc à limiter les mouvements du support et à choisir un enduit capable d’en encaisser une petite part. C’est ce que détaille le cahier du CSTB consacré aux enduits de sol en rénovation, qui sert de référence aux professionnels.

Quel plancher en bois accepte un ragréage ?

Un plancher accepte un ragréage s’il ne se déforme pas sous le poids d’une personne. Le cahier 3635 du CSTB (novembre 2012) fixe l’exigence : la flèche active du plancher doit rester inférieure à 1/400 de la portée, c’est-à-dire moins de 1 cm de fléchissement pour 4 m entre deux appuis. Le même document demande un examen visuel pièce par pièce pour repérer :

  • les zones qui s’enfoncent quand on marche dessus ;
  • les affaissements visibles ;
  • les lames manquantes ou mal fixées ;
  • l’état des joints entre les lames ou entre les panneaux.

Si aucun défaut n’apparaît, le plancher à lames peut être conservé tel quel. Si le plancher sonne creux, grince fortement ou plie, le problème se situe dans la structure (solives, lambourdes) et aucun ragréage ne le corrigera. Il faut alors renforcer la structure, ou poser un plancher de doublage en panneaux avant de ragréer.

Les fiches techniques des ragréages fibrés citent en général, parmi les supports admis en rénovation, le plancher bois à lames sur lambourdes ou solives et les panneaux de bois de type CTB-H, CTB-X ou OSB3. Un parquet collé sur une chape relève d’un autre cas : c’est alors l’adhérence de l’ancien parquet qui se vérifie.

Comment préparer le plancher avant le ragréage ?

La préparation fait l’essentiel de la réussite, et le cahier du CSTB la décrit précisément. Dans l’ordre :

  1. Vérifier la solidité des lames et refixer par vissage celles qui bougent. Les vis tiennent mieux que les clous dans un vieux plancher.
  2. Remplacer les lames défectueuses ou manquantes, et enfoncer les têtes de clous ou de vis qui dépassent.
  3. Poncer pour éliminer la cire, le vernis, les traces de peinture, de plâtre et de produits d’entretien, puis dépoussiérer soigneusement.
  4. Reboucher les joints ouverts entre les lames avec le produit préconisé par le fabricant du ragréage, pour que l’enduit ne coule pas dans le vide.
  5. Appliquer le primaire prévu pour le bois dans la fiche technique du ragréage choisi, et attendre qu’il soit sec au toucher.

Le primaire n’est pas une option sur le bois. Il règle la porosité et assure l’accroche. Les notices des fabricants désignent un primaire précis pour les parquets et les panneaux, différent de celui utilisé sur une dalle en ciment : utilisez celui de la même gamme que votre ragréage.

Pourquoi faut-il garder la sous-face du plancher ventilée ?

Il faut garder la sous-face ventilée parce qu’un plancher recouvert d’un enduit ne sèche plus que par dessous. Si l’air ne circule plus entre les lambourdes, l’humidité s’accumule dans le bois, qui peut gonfler, moisir ou pourrir. Le cahier du CSTB demande donc de déposer les plinthes et de conserver l’espace périphérique entre le plancher et les murs, puis de le nettoyer.

S’il n’existe pas d’espace le long des murs, le document prévoit de percer le plancher sous les futures plinthes, avec des trous de 10 mm de diamètre tous les 50 cm. Les plinthes neuves doivent laisser passer l’air : plinthe en bois rainurée au dos (une rainure verticale tous les mètres) ou plinthe ventilée. L’enduit s’arrête au bord de cet espace périphérique, il ne vient jamais le boucher.

C’est aussi une question de bon sens pour un logement ancien : un plancher en bois posé sur un vide sanitaire ou une cave vit en équilibre avec l’air qui l’entoure. Le fermer par-dessus et par-dessous revient à piéger l’humidité dans la structure. Si vous prévoyez d’isoler ce sol, lisez aussi comment isoler le sol d’une maison ancienne sans créer ce piège.

Quelle épaisseur de ragréage fibré prévoir sur du bois ?

Sur un plancher en bois, on applique en général entre 3 et 20 mm de ragréage fibré en une seule passe, avec un minimum plus élevé sous un carrelage. Une notice de fabricant consultée, pour un ragréage fibré classé P3, donne ces valeurs :

  • épaisseur comprise entre 3 et 20 mm, ponctuellement 25 mm ;
  • 5 mm au minimum sur un support en bois si vous posez ensuite du carrelage ;
  • consommation d’environ 1,6 kg de poudre par mètre carré et par millimètre d’épaisseur ;
  • application sur primaire sec au toucher, en une seule passe ;
  • produit qui doit impérativement être recouvert par un revêtement.

Ces chiffres varient d’une marque à l’autre : la fiche technique du produit que vous achetez fait foi. Les fibres, souvent synthétiques, arment le mortier dans la masse et l’aident à supporter de petits mouvements. Elles ne transforment pas un plancher souple en support rigide.

Quel revêtement poser ensuite, et dans quelles pièces ?

Un ragréage fibré sur bois peut recevoir la plupart des revêtements courants : carrelage, sols plastiques, moquette, parquet collé ou flottant, stratifié. Le ragréage n’est jamais une finition : il se recouvre toujours.

Les pièces humides demandent plus de prudence. Le cahier du CSTB limite les locaux humides sur support bois aux pièces privatives les moins sollicitées, et seulement avec un revêtement plastique en lés couvrant toute la pièce, y compris sous les appareils sanitaires. Il exclut aussi la pose d’un revêtement plastique sur un plancher à lambourdes ou solives au-dessus d’un vide sanitaire ou d’un dallage. Pour une salle de bains carrelée, un plancher de doublage en panneaux adaptés, posé selon le DTU 51.3, reste la voie la plus sûre.

SolutionAvantagePour votre cas
Ragréage fibré direct sur les lamesRapide, peu d’épaisseur ajoutéeAdapté si le plancher est rigide, sain et bien fixé
Plancher de doublage en panneaux, puis ragréageRigidifie et uniformise un vieux plancherSelon le cas : utile si les lames sont usées ou irrégulières
Revêtement flottant sur sous-couche, sans ragréageAucun mortier, la sous-face respireSelon le cas : possible si les défauts de planéité sont faibles
Ponçage et vitrification ou huile du parquet existantGarde le bois, pas de matériau ajoutéAdapté si les lames sont belles et la planéité correcte
Ragréage non fibré ordinaireMoins cher à l’achatDéconseillé sur un support en bois

La dernière ligne du tableau mérite qu’on s’y arrête : un vieux plancher en chêne ou en sapin a souvent plus de valeur remis en état que recouvert. Avant de le noyer sous un mortier, demandez-vous si un ponçage ne suffirait pas.

  • Marchez sur toute la surface : aucune zone ne doit s’enfoncer ni grincer fortement sous votre poids.
  • Vérifiez que chaque lame est refixée et que plus aucune tête de clou ne dépasse.
  • Contrôlez que la fiche technique du ragréage cite bien les planchers bois et notez le primaire exigé.
  • Assurez-vous que l’espace le long des murs reste ouvert, ou que des trous de ventilation sont prévus sous les plinthes.
  • Relevez l’épaisseur minimale imposée pour votre futur revêtement, en particulier sous un carrelage.

Dernier conseil pratique : faites un essai sur un mètre carré dans un coin discret, primaire compris, et laissez-le sécher deux ou trois jours. Si l’enduit sonne creux au tapotement ou se fissure, le plancher n’est pas prêt, et mieux vaut le savoir avant d’avoir coulé toute la pièce.

  1. Cahier 3635 V2, exécution des enduits de sols intérieurs en rénovation, CSTBhttps://www.cstb.fr/getmedia/57c90f7b-e64b-4acb-8447-e4fbee660efa/qb11-cahier-CSTB-3635-CPT-enduits-sol-renovation-1112.pdf
  2. Notice produit d’un ragréage fibré pour supports déformables, Sika Francehttps://fra.sika.com/dam/dms/fr01/6/sikafloor-330-fiberlevel.pdf

Jeanne Rivoire Ancienne conductrice de travaux Jeanne Rivoire a conduit des chantiers de rénovation pendant quinze ans avant d'écrire sur les matériaux sains. Elle répond aux questions que l'on se pose à chaque étape d'un projet, du choix de l'isolant aux aides à demander.