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Étape 3 sur 6 · Structure

Comment percer un mur en pierre sans l’abîmer ?

Par Jeanne Rivoire Mis à jour le 6 min de lecture
La réponse en bref

Percez les charges légères dans le joint et les charges lourdes dans la pierre, avec un foret carbure, en démarrant sans percussion. Dans une pierre tendre ou irrégulière, un scellement chimique tient mieux qu’une cheville classique.

Perçage dans le joint à la chaux d’un mur intérieur en pierres apparentes

Pour percer un mur en pierre sans l’abîmer, on choisit d’abord où percer : dans le joint pour une charge légère, dans la pierre pour une charge lourde. On perce ensuite avec un foret au carbure, en commençant sans percussion pour ne pas faire éclater la surface, et on fixe avec une cheville adaptée, souvent un scellement chimique quand la pierre est tendre ou irrégulière.

Un mur en pierre n’est pas homogène comme une cloison en plaque de plâtre. Il associe des pierres de dureté très variable, un mortier de chaux ou de terre plus tendre, et parfois des vides à l’intérieur. Un trou mal placé ou une percussion trop forte peuvent fendre une pierre de parement, et ce dégât ne se répare pas.

Faut-il percer dans le joint ou dans la pierre ?

Percez dans le joint pour les charges légères, et dans la pierre pour les charges lourdes. Le joint, en mortier de chaux ou de terre, se perce facilement et se rebouche de façon invisible. Mais il est trop tendre pour reprendre un effort important : une cheville y tient pour un cadre, un miroir léger ou une applique, pas pour un meuble haut ou un chauffe-eau.

La pierre, elle, offre une bonne tenue si elle est saine et assez grande. Choisissez une pierre bien assise, loin de ses bords : percer à quelques centimètres d’une arête est la façon la plus sûre d’en faire sauter un éclat. Sur un mur en pierres apparentes que vous tenez à garder intact, regroupez les fixations lourdes sur un rail ou une platine pour limiter le nombre de trous.

  • Charge légère (cadre, petite étagère, applique) : dans le joint, avec une cheville adaptée à la maçonnerie.
  • Charge moyenne à lourde (étagère chargée, meuble haut, radiateur) : dans la pierre, avec un scellement chimique ou une cheville longue adaptée.
  • Charge très lourde ou structurelle (garde-corps, auvent, poutre) : l’avis d’un professionnel s’impose, car c’est la stabilité de l’ouvrage qui est en jeu.

Quel outil et quelle technique pour percer la pierre ?

Pour une pierre dure, utilisez un perforateur avec des forets au carbure ; pour une pierre tendre, une perceuse en rotation seule suffit et abîme moins. La nature de la pierre guide le réglage :

Type de pierreRéglage conseilléPour votre cas
Calcaire tendre, tuffeau, grès friableRotation seule, vitesse modérée, foret carbureAdapté : la percussion ferait éclater la pierre
Calcaire dur, meulièreDémarrage en rotation, percussion ensuiteSelon le cas : vérifiez la réaction de la pierre
Granit, silex, quartzitePerforateur, foret de qualité, pauses fréquentesAdapté avec un outil puissant
Joint de mortier de chaux ou de terreRotation seule, faible vitesseAdapté pour les charges légères
Grosse percussion sur pierre de parementFrappe forte dès le départDéconseillé : risque d’éclat et de fissure

La technique reste la même dans tous les cas :

  1. Marquez le point et collez un morceau de ruban de masquage dessus : le foret glisse moins et la surface éclate moins.
  2. Démarrez en rotation seule, sans percussion, jusqu’à ce que le foret soit bien engagé de quelques millimètres.
  3. Passez en percussion seulement si la pierre est dure et que l’avance devient trop lente.
  4. Tenez l’outil bien perpendiculaire au mur, sans appuyer de tout votre poids. Laissez le foret travailler.
  5. Ressortez régulièrement le foret pour évacuer la poussière, et laissez-le refroidir sur une pierre dure.
  6. Aspirez la poussière à la sortie du trou pendant le perçage, puis nettoyez le trou.

Quelle cheville choisir dans un mur en pierre ?

Dans une pierre irrégulière, tendre ou creuse, le scellement chimique est la fixation la plus fiable, car la résine épouse les irrégularités du trou. Une cheville à expansion classique, elle, compte sur un trou régulier et une matière homogène : dans une pierre tendre, elle tourne dans le vide ou fend la pierre en s’écartant.

Pour un scellement chimique, la préparation du trou compte autant que la résine :

  • percer au diamètre indiqué sur la notice de la résine ;
  • nettoyer le trou en alternant soufflage et brossage avec un écouvillon, puis souffler de nouveau ;
  • dans une maçonnerie creuse ou très irrégulière, glisser un tamis d’injection, une douille grillagée qui retient la résine autour de la tige ;
  • injecter depuis le fond en remontant lentement, pour éviter les bulles d’air ;
  • mettre la tige filetée en place en tournant, puis respecter le temps de durcissement avant de charger.

Les fabricants de fixations proposent des résines adaptées à la maçonnerie et des tamis d’injection prévus pour la maçonnerie creuse. Vérifiez que la résine choisie mentionne bien la maçonnerie ou la pierre naturelle dans son domaine d’emploi.

Comment éviter les câbles et les dégâts cachés ?

Avant de percer, repérez les canalisations et les gaines : dans un mur ancien, elles sont souvent posées dans des saignées ou sous l’enduit, sans plan. Les gaines électriques partent en général à la verticale ou à l’horizontale depuis les prises et les interrupteurs : évitez ces axes. Un détecteur de matériaux aide, mais il est moins fiable dans une maçonnerie épaisse et humide. Au moindre doute, coupez le circuit concerné au tableau avant de percer.

Sur une façade, pensez aussi à l’eau. L’unité départementale de l’architecture et du patrimoine du Rhône rappelle que l’accrochage d’éléments sur une façade en pierre et l’accumulation de câbles figurent parmi les causes humaines de dégradation : chaque trou ouvert en extérieur est une entrée d’eau potentielle. En secteur protégé, les fixations visibles en façade se discutent avec l’architecte des bâtiments de France.

Comment reboucher un trou dans un mur en pierre ?

On rebouche un trou dans un mur en pierre avec un mortier de chaux teinté au plus près du joint ou de la pierre, jamais avec un mastic acrylique ou un mortier de ciment. Pour un joint, un mortier de chaux et de sable fin, lissé au doigt ou à l’éponge, disparaît presque complètement. Pour une pierre, un mortier de chaux chargé de poudre de pierre reproduit mieux la teinte. Si le mur est enduit, la reprise se fait avec le même type d’enduit : voyez pourquoi l’on enduit un mur extérieur à la chaux. Et si la surface de vos pierres vous paraît trop sale pour que la reprise se fonde, sachez qu’il ne faut pas sabler un mur en pierre pour autant.

  • Tapotez la pierre au marteau léger : un son clair indique une pierre saine, un son sourd une pierre fissurée ou décollée.
  • Repérez les prises, interrupteurs et arrivées d’eau et évitez leurs axes verticaux et horizontaux.
  • Mesurez la distance entre le point de perçage et le bord de la pierre choisie.
  • Vérifiez que la résine ou la cheville mentionne la pierre naturelle ou la maçonnerie dans sa notice.
  • Prévoyez un mortier de chaux pour reboucher les trous inutiles.

Dernier conseil : faites un trou d’essai dans une pierre ou un joint discret, au même endroit du mur, avant de percer à l’endroit visible. Vous saurez en quelques secondes si la pierre est tendre, dure ou creuse, et quel réglage adopter.

  1. Fiche conseil n° 10, la restauration des façades en pierre de taille, UDAP du Rhône, ministère de la Culturehttps://www.culture.gouv.fr/Media/medias-creation-rapide/Fiche-n-10-Restauration-des-facades-en-pierre-de-taille
  2. Fixations chimiques, résines et tamis d’injection, fischer Francehttps://www.fischer.fr/fr-fr/produits/fixations-chimiques
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Jeanne Rivoire Ancienne conductrice de travaux Jeanne Rivoire a conduit des chantiers de rénovation pendant quinze ans avant d'écrire sur les matériaux sains. Elle répond aux questions que l'on se pose à chaque étape d'un projet, du choix de l'isolant aux aides à demander.